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8 juillet 2016

Entreprises et Société, la course de vitesse ! S’engager, oui, mais faire surtout !

Les initiatives pro-actives en faveur d’une prise en compte du développement durable se multiplient au sein de la communauté économique, à un rythme impressionnant.


Les initiatives pro-actives en faveur d’une prise en compte du développement durable se multiplient au sein de la communauté économique, à un rythme impressionnant. Il y a eu la mobilisation de l’organisation de l’aviation civile, récemment celle de la marine marchande, prenant des mesures significatives pour abaisser leur niveau de pollution. C’est aussi l’organisation des grandes distributeurs (Good Consumers) qui vient de se réunir à Paris pour s’organiser contre le travail forcé. Sur ce modèle, les « Telco » ont monté une mutualisation de leurs audits ; RSPO, qui lutte contre la déforestation des exploitants d’huile de palme, a fait le point sur sa démarche, rejoint il y a peu par les exploitants d’hevea, mobilisés par Michelin. Il faudrait parler ce qui se passe dans la pêche responsable, la finance qui se détourne du charbon (cf. Credit Agricole et Société Générale) etc…

Le temps de la bonne volonté est derrière nous ; il faut rentrer dans le temps des résultats !

L’effet COP 21 et bientôt COP22, n’est pas indifférent à cette accélération des démarches de collaboration entre les entreprises et la Société qui répond au fameux objectif 17 des « SDG’s », « meta-reférentiel » de collaboration public-privé, en train de devenir universel. On pourrait ajouter à cette dynamique positive une maturité croissante des outils de mesure, que constate en France l’Autorité des Marchés Financiers, se félicitant que les entreprises rapportent de mieux en mieux leurs engagements RSE, constat partagé par l’observatoire EY du SBF 120. Et alors que les standards GRI qui viennent d’être publiés consacrent la boîte à outil extra-financière qui servira la comparabilité attendue des indicateurs. Tandis que côté ISO 26000, la déclinaison aux achats responsables (20400) est désormais sur les rails et qu’on peut espérer qu’une négociation reprenne sur le système de management RSE. Si on y ajoute la prise en compte du sujet par les administrateurs d’entreprise et la liberté de certains dirigeants emblématiques, comme les présidents de Saint-Gobain, de Veolia, pour faire entrer les parties prenantes dans leur champ de décision, on se dit que la relation entreprises-société, n’en déplaise aux dé-régulateurs autistes et cyniques, rentre dans une phase de construction, à saluer. Pour autant, cette évolution reste soumise encore à 3 clés de succès.

La première est de continuer à faire la chasse aux entreprises prédatrices et à celles qui refusent de s’intéresser au jeu collectif. Le « name and shame » est une bonne méthode qu’utilisent les ONG et qui permet aux consommateurs d’appréhender les marques responsables et les autres. Les organisations comme l’OCDE, le Global Compact ne devraient pas hésiter à le faire, en matière de non-respect des règles sociales et fiscales notamment. Et pour faire appliquer leur guidelines, peu convaincants si rien n’oblige à leur application. Le dernier rapport CDP publie la liste des entreprises qui refusent de répondre sur leurs émissions de carbone ; qu’on le sache clairement. Le temps viendra où des sites aisément accessibles distingueront les marques engagées des autres !

La deuxième clé de succès est d’inscrire ces collaborations dans des schémas sectoriels qui obligent tous les acteurs d’une activité à l’appliquer, dès lors qu’une majorité d’entreprises a pris la décision de s’engager dans un cadre de durabilité sérieux qui les emmène dans une co-régulation choisie. Le WBCSD a été le pionnier de ces initiatives sectorielles (cf. ciment, pneumatiques) mais celles-ci sont loin de couvrir des métiers déterminants : automobile, pharmacie, construction, agro-alimentaire, sans parler des high-tech qui s’apparentent à des cow-boys autant de la conquête de l’ouest… Qui pourrait inspirer ces démarches, les suivre, les évaluer ? Il y a un problème de pilotage dans le monde de la RSE !

Last but not the least, ces engagements encourageants sont néanmoins décalés par rapport à l’urgence du réchauffement climatique, des besoins des populations ou des risques environnementaux et sanitaires que font courir des négligences ou des inconséquences d’acteurs, comme dans le secteur du trading ou des mines dont on attend qu’ils cessent leur combat contre les autorités chaque fois qu’une régulation est engagée…

Le temps de la bonne volonté est derrière nous ; il faut rentrer dans le temps des résultats : se donner des objectifs ambitieux, en valeur absolue en matière climatique par exemple, pour aller vers la neutralité-carbone chaque fois que possible, le zéro-accident et le zéro-déchet, le respect des délais de paiement des fournisseurs et le partenariat avec sa chaîne de valeur etc.. L’exercice relatif a atteint sa limite. Si tous les économistes s’affolent sur le recul des échanges internationaux et si les politiques constatent que les populations – pas seulement les Wallons – ne croient plus aux bénéfices du commerce mondial, synonyme de régression pour l’opinion, c’est bien qu’on ne fait pas assez pour maîtriser les impacts négatifs. Le temps de « la solidarité systémique » entreprises et Société est plus que jamais pressant et nous n’avons que quelques années pour retrouver un agenda sérieux et acceptable. Sinon, personne ne croira plus en personne. Les entreprises seront les premières victimes du retour de balancier. Le climat des pays développés est devenu alarmant…